J'ai cru que j'avais des problèmes cardiaques.
Puis j’ai compris que mes douleurs chroniques étaient une réponse au trauma.
Bonjour à toutes et à tous,
Bienvenue dans cette nouvelle édition de la newsletter de nook.
Comme toujours, on y parle de rétablissement, de trauma complexe, et d’outils concrets pour avancer, à son rythme, vers un peu plus de clarté, de calme et de solidité.
Que vous soyez là depuis longtemps ou que vous veniez d’arriver, merci de me lire et surtout s’il y a des sujets que vous voulez voir abordés écrivez-moi. ❤️
⚠️ Si vous êtes dans une période difficile, lisez doucement. Faites des pauses. Revenez plus tard si besoin.
Aujourd’hui, on parle de ces douleurs que la médecine n’explique pas :
Comment le trauma s’imprime dans le corps
La peur des sensations physiques quand il y a de la dissociation
Un zoom sur les soins psychocorporels comme l’ostéopathie et la kiné
En fin de lecture, vous trouverez :
Un tableau pour faire le lien entre sensations et émotions
Une invitation pour un temps d’échange avec une kiné spécialisée dans les VSE
Je suis entrée en thérapie à cause de mon corps
La toute première raison pour laquelle je suis entrée en thérapie…
Ce n’était pas pour parler de mon histoire.
C’était à cause de mon corps.
J’avais des douleurs fulgurantes.
Sans comprendre pourquoi.
Une douleur thoracique violente, comme un coup de poignard.
Une douleur dans le bras gauche, sourde, qui apparaissait une semaine… puis disparaissait.
Des troubles digestifs à chaque repas.
Un cœur qui s’emballait sans raison.
Une fatigue chronique.
Des migraines qui m’immobilisaient pendant des jours.
Avec ma généraliste, on a tout exploré :
Allergies, maladies chroniques et digestives, problèmes cardiaques…
J’ai fait des bilans, passé des journées à l’hôpital.
Rien.
Aucune explication médicale claire.
Un jour, ma médecin a posé une question simple :
« Est-ce que vous avez vécu des violences sexuelles, enfant ? »
Quand j’ai dit “j’ai de vagues souvenirs”,
Elle n’a pas minimisé.
Elle n’a jamais dit : « C’est dans votre tête. »
Elle m’a expliqué que certaines douleurs chroniques pouvaient être l’expression d’un traumatisme psychique non traité.
On appelle ça des symptômes somatiques :
Des symptômes réel, douloureux, exprimé par le corps — dont l’origine est psychique.
Ce n’est ni imaginaire, ni « dans la tête ». C’est ressenti, et souvent handicapant.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il y avait deux catégories :
les douleurs “dans le corps”
les douleurs “dans la tête”
Comme s’il y avait des vraies douleurs… et des douleurs “émotionnelles”.
Aujourd’hui, je sais que toutes les douleurs sont réelles.
Certaines viennent d’un organe malade. D’autres rejouent une mémoire ancienne.
Mais aucune ne mérite d’être minimisée.
Quand on a subi des violences sexuelles dans l’enfance, le corps enregistre.
Et parfois, il répète ce qu’il n’a pas pu digérer :
Des tensions
Des douleurs
Des blocages…
…qui deviennent chroniques.
Et parfois, très limitants au quotidien.
Comprendre ce lien m’a aidée à moins paniquer. À sortir du réflexe de penser que j’étais « malade » en permanence.
Et à chercher du soin dans un cadre thérapeutique où ces symptômes sont identifiés comme faisant partie des conséquences du traumatisme.
À force de chercher à comprendre mes douleurs, une autre question est apparue :
Est-ce que je ressens vraiment mon corps ? Tout le temps ?
Et la réponse, c’était : oui et non.
Non, par moments je ne le sentais pas du tout.
Je pouvais :
Travailler sans pause pendant des heures
Oublier de boire
Ne pas avoir faim
Manger deux assiettes sans sentir la satiété
Rester assise huit heures d’affilée sans sentir mon dos
Ne pas remarquer que j’étais épuisée
Cette déconnexion c’est de la dissociation, c’est un mécanisme de protection.
Quand un événement est trop intense pour être vécu, le cerveau “coupe”.
Cela peut concerner les sensations, les émotions, ou la perception de soi.
On peut “partir”, sans le vouloir. C’est fréquent après un trauma. Et ça se soigne.
Et oui, à d’autres moments je sentais tout - mais trop.
Tout arrivait d’un coup comme un raz-de-marée.
Des sensations partout. Un signal trop fort. Trop soudain.
Quand on a vécu des violences, les sensations corporelles peuvent devenir des déclencheurs.
Et j’étais vite submergée :
Le ventre qui se tord = alarme
Le cœur qui s’accélère = panique
Une pression dans la gorge = maladie
Mais en même temps, le corps peut redevenir une ressource
J’ai rencontré Anissa, ostéopathe formée aux violences sexuelles et à la dissociation, qui intervient notamment à la Maison des Femmes.
Avec elle, j’ai appris à revenir progressivement dans mon corps.
Pas en forçant. Par étapes : mes pieds, mes jambes, mes bras, mon bassin.
En m’arrêtant dès que c’était trop.
En nommant les sensations dans un cadre sûr.
Sans jugement.
Petit à petit, j’ai commencé à :
Sentir les signaux faibles (soif, faim, tension)
Identifier ce qui venait d’un signal présent, et ce qui rejouait une mémoire
Comprendre ce qui me submergeait
Me recentrer quand tout partait dans tous les sens
Je ne le savais pas encore, mais ce travail corporel m’aidait aussi à sortir de la dissociation mentale :
Le brouillard
L’impression de planer
Les absences perdue dans mes pensées
Le traumatisme ne vit pas que dans les souvenirs. Il s’inscrit dans le système nerveux, dans les tissus, dans les réflexes. Ce n’est pas juste mental : c’est corporel.
Notre système nerveux est conçu pour détecter le danger… mais aussi pour revenir à la sécurité. Le mouvement, le souffle, la voix, le toucher — sont autant de moyens d’y revenir.
Le travail sur le corps m’a permis, petit à petit, de faire le lien entre ce que je ressentais… et ce que je vivais.
Certaines personnes partent des émotions pour retrouver leurs sensations.
Moi, ça a aussi été l’inverse. Les deux chemins sont valables.
Voici un tableau qui m’a beaucoup aidée à poser des mots sur mes ressentis — et à avoir moins peur des sensations associées.
Ce que le périnée garde en mémoire
Certaines douleurs sont plus difficiles à nommer.
Plus intimes. Plus taboues. Mais elles existent, elles aussi.
⚠️ Ce qui suit aborde des douleurs sexuelles et pelviennes. Vous pouvez faire une pause ou avancer doucement.
Au bout de quelques années de thérapie, mon corps a développé une nouvelle réponse au stress : des urgences urinaires…
Une première gynéco m’a dit :
“Vous avez sûrement une vessie sensible.”
Sauf que rapidement après :
une sensation de pesanteur dans le bas-ventre
le bas du dos bloqué
des règles de plus en plus douloureuses
Et un jour, pendant un rapport :
Une contraction incontrôlable du vagin.
Une douleur. Gênante. Intime. Déroutante.
Et puis une amie m’a parlé d’une autre solution :
“Cette kiné s’est spécialisée sur les violences sexuelles et sexistes.
Peut-être qu’elle peut t’aider.”
C’est comme ça que j’ai rencontré Victoria, kinésithérapeute spécialisée dans les violences faites aux femmes.
Elle m’a expliqué que tout cela pouvait venir d’un périnée en hypertonie :
trop contracté
qui ne parvient plus à fonctionner harmonieusement
avec la vessie, la sexualité…
Le périnée est un ensemble de muscles profonds entre le pubis et le coccyx. Il soutient les organes génitaux, joue un rôle dans la miction, la sexualité et l’équilibre. En cas de stress chronique, il peut se contracter de manière réflexe - jusqu’à devenir douloureux.
Après quelques séances, voici ce qui a changé :
les douleurs ont diminué
les urgences aussi
et, surprise… plus de clarté mentale après chaque séance
Comme si ce travail sur le corps apaisait aussi mes symptômes dissociatifs.
Chez certaines, le soulagement est rapide. Chez d’autres, il prend plus de temps, et c’est parfaitement normal.
J’aurais aimé savoir plus tôt que :
la rééducation périnéale n’est pas réservée aux femmes ayant eu des enfants
c’est remboursé par la sécurité sociale
et que ce type de soin peut être un vrai levier thérapeutique
Les soins corporels comme l’osthéopathie, la kiné, le yoga thérapeutique, la cohérence cardiaque ou la méditation de pleine conscience ne remplacent pas une thérapie adaptée au traumatisme complexe.
Mais ils peuvent l’accompagner, ou la compléter.
Car une douleur liée à un trauma a besoin d’un suivi médical
Ce n’est pas parce qu’une douleur a un lien avec un trauma qu’elle n’a pas besoin d’un suivi médical.
L’un n’exclut pas l’autre. Et parfois, les deux coexistent.
Les violences sexuelles dans l’enfance peuvent avoir un impact durable sur le corps.
Avec des pathologies physiques :
troubles digestifs chroniques
maladies auto-immunes
maladies gynécologiques avérées…
Parfois, sous forme de comorbidités médicales sérieuses.
C’est pour cela que le suivi médical reste indispensable.
Écouter son corps ne veut pas dire "penser que c’est dans la tête".
C’est aussi consulter et faire les examens.
Et si vous avez vécu l’inceste, vous pouvez demander à votre médecin une reconnaissance en Affection Longue Durée (ALD).
Cela permet d’accéder à des soins pris en charge à 100 % par l’assurance maladie, y compris pour des symptômes physiques qui découlent du traumatisme.
J’invite des expertes pour en parler de manière concrète
J’ai invité Victoria (kinésithérapeute), spécialisée dans l’impact des violences sexuelles pour un webinaire - pour qu’elle nous parle :
De comment le trauma agit dans le corps — et comment le soulager
Du travail sur le périnée en particulier
De comment on peut apaiser, en douceur, les réflexes du corps
Pour vous inscrire le 18 juin :
📅 Le 18 juin - Comment la kiné périnéale peut vous aider ?
C’est ouvert à toutes
Gratuit
Et ça dure 1h
🧡 Victoria (kiné spécialisée) partagera son approche et répondra à vos questions.
On fait aussi de son corps un allié
dans les programmes nook
On sait à quel point le corps est impliqué dans le trauma - et dans le rétablissement.
C’est pour ça que dès le module 1 du programme nook, on intègre des techniques de stabilisation psycho-corporelles pour en faire un allié dans le soin.
➡️ Il reste quelques places pour la prochaine session du 24 juin.
Si vous voulez rejoindre un groupe accompagné par une psychologue spécialisée en trauma, c’est par ici :




Vraiment merci d’avoir déposé tout cela.
Je suis psychologue spécialisée dans l’accompagnement du psychotrauma et je suis tellement d’accord avec vous quand vous nommez que les soins médicaux sont nécessaires pour accompagner… c’est complémentaire à la thérapie. D’ailleurs dans la thérapie c’est aussi nécessaire de travailler avec le corps… et je suis d’accord aussi avec le fait que les douleurs ne doivent pas être minimisées -
et pourtant j’entends encore que ça arrive régulièrement auprès des personnes concernées par du psychotrauma… le fameux “c’est psychologique tout ça”…”c’est dans votre tête”…voire “on n’a rien trouvé donc ça n’existe pas”… le phénomène de minimisation qui devient contaminant et entraîne des violences médicales ordinaires… je lutte contre ça avec les gens que j’accompagne, vraiment c’est une lutte, pour que ces personnes soient entendues dans ce qu’elles éprouvent…